DOCTORIALES 2026

Musée des Beaux-Arts

10-11 juin 2026

(Re)penser nos archives

Nous avons tous·tes l’image en tête : un après-midi morne d’hiver, une bibliothèque sombre et poussiéreuse, les yeux rivés sur un parchemin craquelé et illisible.
Les doctoriales de l’école doctorale 3LA, qui auront à nouveau lieu cette année au musée des Beaux-Arts de Lyon les 10 et 11 juin prochains, sont l’occasion de déconstruire cette image galvaudée. Nous vous proposons de mener une réflexion épistémologique sur vos objets de recherche et de confronter vos démarches avec celle d’autres doctorant·es.
On trouve autant d’archives que de types de documents différents : sources papiers, supports audiovisuels, corpus numériques, collections muséales… Si le document s’inscrit par nature dans une perspective historique, il peut aussi éclairer un projet esthétique, une décision politique ou une découverte scientifique. Ces diverses problématiques pourront traverser l’ensemble des axes et les propositions de communications.

Axe 1 : À la rencontre de l’archive : méthodes, terrains, temporalités
Cet axe entend mettre en valeur les différentes facettes de nos travaux de manière concrète, en insistant sur l’établissement des méthodes d’analyse et la logistique de nos terrains de recherche.
D’emblée, une organisation s’impose : l’archive peut se trouver dans des lieux éloignés, ce qui demande une adaptation constante du·de la chercheur·se. Travailler sur des archives suppose un dialogue potentiellement complexe, qui peut croiser les langues et les cultures. Cela impose souvent de se déplacer pour aller à la rencontre du matériau, ou a minima de faire la démarche active de le chercher.
Dans leur quête d’archives comme dans le dépouillement de celles-ci, les doctorant·es sont amené·es à interagir avec des espaces non-académiques. Il peut s’agir d’institutions telles que les musées, les bibliothèques, les centres d’archives, les salles de spectacle ou encore les monuments historiques. La rencontre des acteur·ices de ces domaines culturels crée des relations professionnelles distinctes du monde académique, ce qui peut créer des synergies, parfois des contraintes. Ces logiques peuvent permettre une remise en question des présupposés et mettre au jour de nouvelles pistes d’interprétation des sources archivistiques.
Par définition anachronique, l’archive est un objet à la temporalité figée dans le passé, en rupture avec le moment de sa découverte et de son étude. Elle impose au·à la chercheur·se un double rapport au temps, entre immersion dans l’histoire et actualisation. Son étude pose la question de la temporalité qu’elle induit à notre travail : celle de son identification, sa consultation, son déchiffrage, son insertion dans la réflexion, dans un contexte universitaire qui nécessite parfois productivité et efficience. En ce sens, elle peut (ré)interroger les conditions nécessaires à l’élaboration d’un discours scientifique.

Axe 2 : Archives of our own : s’approprier, créer et transmettre
Ce deuxième axe invite à orienter la réflexion vers les pratiques de réception, d’appropriation et de diffusion de nos archives, au regard des enjeux idéologiques (rapport au canon, aux marges) et économiques qui sont les nôtres. Les jeunes chercheur·ses sont régulièrement amené·es à travailler à partir des résultats de recherches antérieures, que ce soit pour en vérifier les résultats à l’aune d’un nouveau contexte, pour en poursuivre les méthodologies en les développant, ou pour y répondre en considérant des données obtenues avec d’autres outils. C’est également la mission que se donne l’épistémologie en produisant un savoir critique sur d’autres recherches scientifiques. Dès lors, l’histoire de la recherche et de ses productions pourrait être interrogée comme une source d’archives scientifiques à partir desquelles les jeunes chercheur·ses peuvent créer des savoirs nouveaux.
Les archives peuvent également symboliser pour les chercheur·ses une entité vivante chargée d’intertextualités. Il arrive cependant que les défaillances de la mémoire (personnelle ou collective) effacent, écartent ou oublient certains lieux du passé, créant ainsi d’éventuelles lacunes. Se pose alors la question des dynamiques de sélection, de hiérarchisation et de transmission qui déterminent ce qui est conservé, transformé ou effacé. L’archive incomplète ou manquante dit souvent davantage de nous qu’une forme intacte, en exposant les conditions de production et de réception du sens. Elle apparaît ainsi comme un lieu de dialogue critique, qui appelle à interpréter, reconstruire et réactiver ce qui subsiste.
Bien que résurgence du passé, l’archive peut elle aussi être marquée par l’accessibilité et l’immédiateté d’une recherche soutenue par internet et le numérique. Son étude se détache davantage du temps long pour permettre le développement de nouveaux outils, instantanés et automatisés. Les contenus numériques étant soumis à l’obsolescence et à la croissance exponentielle des savoirs ainsi qu’à l’utilisation des intelligences artificielles, des projets collectifs d’archivage voient le jour, assurant ainsi une conservation pérenne des lost media.

Axe 3 : L’archive vivante : entre fidélité et réinterprétation
L’émergence de nouvelles méthodologies, telles que la recherche-création, donne une fonction nouvelle à l’archive dans la recherche. Ces nouvelles approches questionnent également notre posture scientifique et le rapport au matériau étudié. L’archive pourra dès lors être interrogée dans la dimension créatrice qu’elle peut revêtir dans le domaine de la recherche.
Par ailleurs, le rayonnement de l’archive se trouve parfois restreint au champ de l’étude universitaire. Elle constitue cependant un témoignage, une source de réflexion et de création propre à alimenter la vie culturelle et intellectuelle contemporaine. L’un des enjeux de la thèse peut ainsi s’apparenter au travail d’exhumation, de vulgarisation et d’actualisation que nécessite le partage de ces archives. Le rôle du chercheur, de la chercheuse devient dès lors celui de passeur.euse, de médiateur.ice : quelles stratégies adopter pour rendre le passé compréhensible, pertinent au regard de notre société moderne, sans pour autant le trahir ou le déformer ? Ces différents enjeux interrogent le partage des connaissances et la démocratisation des savoirs.
Cet appel à contributions permettra de conjuguer médiation culturelle et réflexivité dans une dynamique créative. Les œuvres du musée pourront devenir à la fois objets d’analyse in situ et leviers pour explorer la richesse de nos pratiques de recherche et de transmission. Les propositions pourront s’appuyer sur les œuvres exposées au musée des Beaux-Arts de Lyon.

Les propositions de communication et de médiation sont à adresser par mail à l’adresse doctoriales3LA2026 chez protonmail.com avant le vendredi 3 avril 2026. Elles prendront la forme d’un résumé de 300 mots maximum, accompagné d’une courte présentation bio-bibliographique. Une notification d’acceptation de participation sera communiquée autour de la mi-avril.

Comité d’organisation :
Judith Bouchet (Université Jean Monnet Saint-Etienne, ECLLA)
Annamaria Ferrentino (Université Jean Moulin Lyon 3, IHRIM)
Marie-Apolline Joulie (École Normale Supérieure de Lyon, CERCC)
Julia Mallet (Université Lumière Lyon 2, Passages XX-XXI)
Malo Maleszka (Université Lumière Lyon 2, IHRIM)
Margherita Malta (Université Jean Monnet Saint-Etienne, ECCLA)
Emilie Monneron-Radisson (Université Lumière Lyon 2, Passages XX-XXI)
Soline Pestre (Université Lumière Lyon 2, Passages XX-XXI)
Adélaïde Pilloux (Université Lumière Lyon 2, CIHAM)
María Quesada – docteure (Université Lumière Lyon 2, LCE)
Théophane Tredez (Université Lumière Lyon 2, HISOMA)
Thomas van Woerden (Université Jean Moulin Lyon 3, IETT)

jeudi 12 février 2026.