Le Lys recomposé. La représentation des pouvoirs sous l’Ancien Régime dans la littérature fictionnelle du XIXe siècle (1800-1850)

Tout le XIXe siècle s’est passionné pour l’Histoire : truisme certain, mais qui doit être réexaminé à l’aune des textes littéraires et des théories historiographiques.
Si une partie de la littérature fictionnelle de 1800 à 1850 redécouvre l’ancien temps à travers le charme du pittoresque et de « la couleur locale », un autre pan de cette même littérature tente d’en comprendre les enjeux mis en tension dans la société française ainsi que les pouvoirs dont la palette délivre une multitude de nuances. Si Tocqueville, Balzac ou Dumas s’intéressent à cet Ancien Régime, c’est peut-être tout d’abord parce qu’ils sont des passeurs d’h/Histoire(s) au sens où ils apprennent au peuple son histoire au prisme des rois et des reines du passé, non sans une certaine nostalgie. Sont-ils de bons gouvernants ? Cléments au sens cornélien ou tyranniques dans l’acception la plus sordide ? Sont-elles des modèles à suivre, des Régentes dignes de ce nom ou des reines frivoles et coquettes, dont seules les ambitions de détruire le pouvoir sont en jeu, comme le dit Charles IX dans La Reine Margot : « Il faut sauver l’État. Il faut l’empêcher de tomber entre les mains des fanatiques ou des femmes » ? Mais c’est aussi d’autre part pour (r)interroger leur présent à la lumière de ce temps passé, de ces « deux périodes en crise » avait écrit Hugo dans la préface des Feuilles d’automne (1831), où la monarchie et sa cohorte aulique étaient le mode de gouvernance obligatoire, de droit divin. Si la Révolution a coupé la tête du roi, l’a-t-elle fait aussi pour la royauté ? À en croire Dumas, en 1833, rien n’était moins sûr puisqu’il émettait ce vœu à la fin du prologue de Gaule et France : « Meure la royauté, mais Dieu sauve le roi ! » On le voit, la littérature devient donc ce medium translucide et spéculaire, à la fois dans le camp des Ultras et de la droite, comme Bonald, ou dans celui des Républicains et des Libéraux. D’ailleurs, le premier roman historique français illustre ces profondes oppositions idéologiques mues par les « passions énergiques » : Cinq-Mars (1826) n’est pas seulement l’histoire d’une conjuration manquée, c’est aussi l’analyse du basculement vers l’absolutisme de la monarchie française et de la faillite des grandes maisons. Ce temps d’avant dont parle aussi Victor Hugo dans sa préface à Ruy Blas (1838).
Ce colloque interrogera les pouvoirs d’Ancien Régime dans sa conception la plus large (de Philippe VI, premier roi de la dynastie des Valois, à Louis XVI). Sous l’Ancien Régime, le pouvoir n’est pas seulement entre les mains du monarque : la noblesse, les membres de l’Église, les femmes, le peuple, l’armée peuvent également participer de la représentation des pouvoirs et des groupes qui les concentrent. Ce colloque a donc pour but de répondre à plusieurs questions : quelle place occupe(nt) le(s) pouvoir(s) dans la représentation de l’Ancien Régime au XIXe siècle ? Cette représentation participe-t-elle d’une image canonique ou bien est-elle une recomposition en acte de l’Histoire ? Dans quelle mesure la fiction littéraire historique permet-elle d’interroger la diversité des pouvoirs dans une perspective diachronique ? Enfin, quels sont les apports de la littérature de fiction à la construction scientifique de l’Ancien Régime ?

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Colloque.lys.recompose@gmail.com

Contacts :
Laurent Angard
Guillaume Cousin
Blandine Poirier